19 octobre 2026

Diafoirus est sur Doctolib


Bonne nouvelle pour nous toustes en quête de médecins : Nvidia, le leader mondial des puces électroniques va entrer dans le capital de Doctolib, pour - dixit son PDG fondateur, le génial taïwano-américain Jensen Huang - « lancer la révolution de l'intelligence artificielle en Europe » (continent d'attardés, comme on le sait).

Le non moins génial cofondateur (et encore PDG, nonobstant la bonne nouvelle précédente) de Doctolib, M. Niox-Château, vise quant à lui « l'amélioration des parcours de soins grâce à l'intelligence artificielle ». Y aura-t-il, après le succès indéniable de Parcoursup, une plate-forme encore plus géniale et intelligente, Parcoursoins ?
On l'attend avec impatience, car notre jeune amie, affligée depuis quelques mois de règles extrêmement douloureuses et qui s'est confiée ce week-end à Doctolib pour obtenir une consultation gynécologique à Paris 15e en vue de s'ôter de la tête une hantise d'endométriose, s'est vue proposer un rendez-vous dès ce dimanche 18 par le docteur X. qui s'est avéré samedi soir providentiellement doté d'une remplaçant au pied levé, le docteur Y. Résultat : aucun diagnostic précis, une ordonnance pour une échographie chez le docteur Z et notre amie est sortie du cabinet allégée de... 100 €.
L'établissement de cette prescription nécessitait-elle une consultation dominicale à ce prix, qui n'a apporté aucun diagnostic ni aucun soulagement, physique ou moral ? « L'amélioration des parcours de soins » visera-t-elle à éliminer des visites aussi inutiles pour les patients que coûteuses pour la Sécurité sociale ? On en doute un peu. Cependant, vu que les médecins regardent de plus en plus leurs écrans et écoutent de moins en moins leurs patients, il semble clair qu'à un certain stade, les premiers puissent être avantageusement remplacés par une intelligence artificielle. Celle-ci saura au moins reformuler ("j'entends parfaitement votre souffrance") et intégrer les doléances ("si je vous ai bien compris, vous attendez donc une guérison rapide ?") et les symptômes des malades ("vos maux de têtes ressemblent beaucoup à des céphalées") et orienter leur « parcours de soins », efficacement et, qui sait ? à moindre coût.

Mon 17 octobre

Boulevard de Magenta, 17 octobre 2026

Acte I - Rejoindre la manif'

Nous voulions en être, "nous, les adultes", leur faire un bout de conduite. Nous avons donc quitté notre province vendredi soir par le dernier train, qui nous faisait arriver à Paris vers 21 h et quelque. Le samedi matin, nous avions prévu de rallier la place de la République d’où devait démarrer le cortège de la manifestation. V. et son mari F.  nous y attendraient, a priori devant le Starbuck, à 13 h 30. Pour une raison qu’elle ignore, Marie-Aude avait appris que c’est devant ce café que se retrouvaient aussi les adhérents... de la FCPE des Lilas, des parents, donc, d'autres adultes. Aléas des liens à l'ère des réseaux. Elle avait donc choisi ce point de ralliement. Nous avons pris la ligne 4 à Alésia pour descendre à Château d’eau et de là rejoindre la Rép'. Sans aucun préavis, la RATP a interrompu son service à Réaumur-Sébastopol. Nous sommes donc sortis sur la rue de Réaumur pour poursuivre notre route à pied mais un policier, inexplicablement, nous a interdit de traverser le boulevard Sébastopol à cet endroit, nous invitant à passer par la rue Palestro pour traverser le boulevard 50 m plus haut. Nous sommes passés devant le CNAM et avons repris la rue Réaumur jusqu'aux carrefour des Arts-et-Métiers. 

Là, cinq ou six jeunes avaient été alignés le long d’une grille noire, comme prêts à être fusillés, et autant de policiers, de blanc casqués, semblaient les interroger et les fouiller. Pourquoi eux et pas nous ? Après tout, nous avions dans nos poches masques, collyre et lunettes de piscine… Marie-Aude a interrogé un des policiers pour le savoir. « Vous nous faites peur, harnachés et armés comme vous êtes ! » Le policier ne s’est pas départi de son sourire pendant cette interaction un peu tendue et a parlé d'un contrôle « habituel ». 

V. nous a alors rappelés : « Ne venez pas à République, la place vient d’être arrosée de gaz lacrymogènes, on est sortis par la rue Meslay ! » Déjà presque arrivés rue de Bretagne à hauteur du marché des Enfants rouges récemment consumé, nous avons donc rebroussé chemin. Nouvel appel de V. : « Nous sommes Porte Saint-Martin ! ». C’est là que nous avons fini par la retrouver avec son mari et deux amies. Courtes présentations, discussion sur les événements du jour et la façon dont nous pourrions rejoindre le cortège. Les élèves de l’école Boule sont passés, suivant un superbe cheval de Troie, eux-mêmes étant déguisés en combattants athéniens… 



Acte II - Défiler en manifestant ou manifester en défilant.

Nous avons marché jusqu’à un croisement avec le boulevard de Magenta. Là se trouvait positionné, à l’arrêt, un impressionnant contingent de la Gendarmerie nationale : deux ou trois lignes d’hommes en noir (et quelques rares femmes reconnaissables aux cheveux qui s’échappaient de leur casque) suivis de six ou sept rangées de quatre fourgons qui, de front, occupaient toute la largeur de l'artère. 


De longues théories de jeunes continuaient à descendre des gares du Nord et de l'Est vers République, par les trottoirs, sans être arrêtées. Étaient-ce les futurs "pillards" ? À un moment, le peloton de gendarmerie s’est mis en branle, suivi des fourgons, au pas, eux-mêmes suivis de gendarmes qui fermaient la marche, protégeant leurs arrières. Quelques gendarmes des premiers rangs ont ôté leurs casques, ce que d'aucuns ont remarqué et lu comme un signe encourageant de désarmement. Le cortège des lycéens, avec beaucoup d'adultes, a suivi, hérissé de pancartes qui rivalisaient d’humour, parfois noir, parfois vache (« Macron b... ta prof, pas les nôtres ! », etc.). 

Banderoles du lycée Paul Éluard de Saint-Denis (93)


Quelques slogans fusaient en alternance : "Siamo tutti antifasciti !" accompagné de claquements de mains, le rugissement "ACAB(e)" pour All Cops Are Bastards et sa variante française "Tout le monde déteste la police !". Au total, à l'oral, peu de slogans proprement politiques,  qui se retrouvaient plutôt sur les pancartes brandies par les élèves et étudiants, comme celle-ci, artistique (vue à Valence...) :  



Une ou deux fanfares ponctuaient joyeusement le défilé avec leurs tubes approximatifs, nous faisant parfois crier « Aliiiiine ! ». Nous avons obliqué vers le boulevard Rochechouart, direction Place de Clichy, terminus prévu de la manif'. 

Acte III - Rentrer chez soi et allumer la télé

Nous avons quitté le cortège bien avant au niveau de la rue Viollet-le-Duc pour aller boire un verre avec V. et F. et... pisser (sur le parcours, toutes les toilettes Decaux étaient fermées, providence des cafetiers restés ouverts). Vers 17 h, nous étions dans le métro de retour, après avoir traversé la gare du Nord en compagnie de V. et F. qui avaient tenu gentiment à nous remettre sur la ligne 4, de peur que nous nous perdions. 

Arrivés chez nous, j'ai allumé la télé et c'est là que j'ai commencé à voir la "troisième mi-temps", quand tout dégénère : les scènes de pillage des magasins, le barrage de policiers sur les Champs Élysées pour interdire l'accès au palais présidentiel, objectif semble-t-il d'un petit millier de manifestants très déterminés. Ceux qui avaient écrit ou lu la pancarte « Goûter à l'Élysée à 17 h » ? 

Certains balançaient les chaises vertes du jardin des Tuileries sur les policiers et les voitures, bloquées au sortir du tunnel de l'Alma. « Scènes de chaos urbain » dont se délectaient en boucle les chroniqueurs de CNews, BFM-TV, LCI et même France Info. On peut s'interroger sur l'effet miroir de cette information en continu sur le cerveau de gens qui recherchent leur "quart d'heure de célébrité" ou votent RN. Plus tard en soirée, on a appris : les lieux publics et les mairies investies et saccagées, les échauffourées à Lyon, Marseille, la mairie de Limoges en feu dans la nuit, tous dégâts collatéraux d'une manifestation que les forces de l'ordre sont justement là pour prévenir. Mais elles n'étaient pas positionnées là où elles auraient dû l'être et n'avaient semble-t-il pas eu de consignes pour intervenir dans certains cas de figure. Difficulté d'une manifestation "organique" aux multiples incarnations. Typiquement, l'escadron de gendarmerie que j'ai vu remonter le boulevard de Magenta aurait sans doute dû rester place de la République, au lieu de prendre la tête du cortège car le défilé en lui-même ne présentait aucun risque.

Restent les provocateurs et les "durs", les black blocks qui sont là, en apparence, pour en découdre directement avec les forces de "l'ordre". Et les pillards, en fin de manifestation, alors que les policiers, les gendarmes et les CRS sont "fixés" ailleurs. Leurs conditions d'intervention doivent être visiblement être revues, dans la perspective des prochaines manifestations, avec le retour annoncé des "Gilets Jaunes", les trois prochains samedis. Sur les fourgons de la gendarmerie, on pouvait lire : "NOTRE ENGAGEMENT VOTRE SÉCURITÉ". Une dernière image, symboliquement triste : des policiers s'acharnent à détruire le cheval de l'école Boulle (cf. ci-dessus), une mission prioritaire sans doute, une de plus, pendant que les magasins commençaient à être pillés par des "opportunistes"... Transgression n'est pas sédition.

Des policiers démantèlent le cheval de Troie de l'école Boulle.

Acte IV - Et après ?



13 octobre 2026

Naza

Cinéma Le Grand Club à Gien (45), lundi 12 octobre 2026

En faisant vingt kilomètres depuis ma campagne, j'ai pu voir ce lundi soir au Grand Club de Gien (45) ce documentaire dont bruit toute la Toile, quoique presque personne ne l'ait encore vu : depuis une terrasse de la moderne Tel Aviv by night, avec vue imprenable sur ses intérieurs paisibles - modulo les alertes aériennes - et ses habitants, le témoignage anonyme de soldats israéliens engagés sur un front bien particulier : la détection et la détermination, à l'aide d'outils technologiquement avancés - une IA, Lavander, un logiciel espion des conversations téléphoniques, Pegasus - de "cibles", en l'occurrence des hommes du Hamas non pas sur un terrain de guerre mais chez eux, dans leur maison, leur appartement, avec leur famille qui devient ipso facto NAZA. 

NAZA, c'est le nom donné au "dégât collatéral", prévisible et surtout prévu, calculé par l'IA, quand la frappe est déclenchée. Une voix d'enfant annonce joyeusement au téléphone "maman, papa vient de rentrer, tu arrives ?" et boum, feu vert pour exploser tout le monde, de préférence le soir ou dans la nuit. Parfois, Lavander, l'IA qui réunit toutes les données pour en faire une mortelle synthèse, se trompe. Ce n'était pas ce papa-là, ou il était sorti, mais boum quand même, plus de maman, plus de petites filles ni de petits gars. Sans parler des voisins. Quand on vous le répète : "Il n'y a pas d'innocents à Gaza !". Dans certaines missions, le nombre de "naza" a pu atteindre 300, 500 personnes pour une seule "cible"... Rien d'humain dans ce mot, d'ailleurs il n'y a pas d'humains à Gaza. Peut-être qu'il n'y a pas non plus de naza, en fait, s'il n'y a pas d'innocents ? Naza qui sonne à nos oreilles comme le début de Nazareth, la ville où un certain Jésus aurait grandi, en âge et en sagesse, "Naza" si proche de "Nazi" et de "Gaza". Attestée aussi la "mission" assignée à ces hommes de l'ombre d'avoir à programmer la destruction systématique du bâti de Gaza, maisons, immeubles, écoles, hôpitaux, infrastructures vitales.

Les dernières images avaient justement été tournées dans Gaza et ses ruines fumantes. Elles disaient : voilà le résultat de ce que vous venez d'entendre. Un homme, fou d'angoisse, appelait sa femme par son prénom, ajoutant "mon amour !" puis son fils "Saïd, Saïd, SA-ÏD !". En vain. Avant de s'effondrer sur les gravats de son immeuble. Un second plan montrait quelques paires de jeunes jambes poussiéreuses qui dépassaient à peine d'une énorme plaque de béton qui avait écrasé leurs propriétaires.

C'était une séance de ciné-club, suivie de quelques prises de parole, toutes indignées. Une dame se demandait avec inquiétude s'il y avait une différence entre son petit-fils dégommant des ennemis avec son joystick et ces militaires déclenchant la mort à distance. Deux femmes avaient vu cet autre "documentaire", La voix de Hind Rajab, cette fillette tuée par l'armée israélienne, plus émouvant, moins froid que NAZA, disaient-elles. Un autre spectateur était venu avec sa vieille mère qui avait connu les Allemands chez elle et les policiers français collaborateurs des NAZIS. Il a évoqué aussi l'UJFP, l'Union juive française pour la paix, qui lutte pour la coexistence des deux peuples, juif et palestinien, en Israël. Peut-être faut-il aussi citer ici, au générique, les (rares) coproducteurs français de ce film, Nathanaël et Elisha Karmitz, les enfants de Mk2 qui sauvent aussi cet honneur-là, des Juifs de France. À côté de moi, une dame s'est exclamée : "mais c'est un génocide, ce sont des nazis à leur tour !"

Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor sera bientôt en ligne, visible par tous via Internet. Avant ou après les midterms américains ? 

Naza - documentaire israélien sur la destruction de Gaza et de ses habitants - Yuval Abraham, Rachel Szor - coproduction Le Guardian, Mk2, etc. - 2026

11 octobre 2026

Maintenant elle danse


Madeline Roth, moi qui fais partie de ses quelque 4,8 K "amis" sur Facebook, j'ai l'impression, sûrement illusoire, de la connaître intimement depuis le temps que je lis presque chaque jour le journal extime qu'elle tient à ciel ouvert sur le réseau social. Son dernier livre, dédicacé, m'est arrivé hier par porteuse spéciale en direct d'Avignon, où elle est libraire.

Inutile de lui chanter Parlez-moi d'amour, elle ne semble pas avoir l'intention d'écrire sur autre chose, même si son fils unique, qu'elle n'a pas fait toute seule, occupe une place de choix dans la vie qu'elle raconte.

Dans Maintenant elle danse, elle nous livre sa passion simple à elle - elle admire Annie Ernaux - qui ressemble à une simple impasse. Si elle/son héroïne m'avaient annoncé : "Je suis tombée amoureuse d'un homme marié", je les aurais prévenues : "Galères en vue". Mais c'est peut-être la chute qui est le meilleur moment de l'amour. Tant qu'on tombe, rien de mieux ni de pire ne peut arriver. Pour Guitry, c'était l'escalier qu'il montait, mais en la matière, hommes et femmes n'ont pas les mêmes rites ni les mêmes rythmes.

Maintenant elle danse, c'est donc l'amour au passé décomposé, après la rupture, l'amour enfui, en fuite, à (d)écrire pour que sa brûlure chérie ne s'efface pas trop vite. Et Madeline Roth excelle dans la micro-histoire, au scalpel de ses phrases courtes qui découpent la vie et tatouent sur les corps des morceaux de mémoire à vif.

Les corps, il en est beaucoup question. L'amour, est-ce que c'est autre chose que deux corps, peau à peau ? On peut se redire les mots, mais ça, quand c'est fini, c'est fini. Et, a posteriori, c'était la seule chose qui comptait. Qui contait et conte encore.


Maintenant elle danse - Madeline Roth - éditions Do - paru le 7 mai 2026 (69 pages, 12 €)


08 octobre 2026

The Social Reckoning

 


J'ai vu hier soir, pour sa sortie française, The Social Reckoning à Paris, un film d'Aaron Sorkin, le même qui avait raconté les débuts de Facebook dans The Social Network. "Inscrit" sur le réseau social depuis le 29 novembre 2008, quatre ans après son ouverture, je ne pouvais guère manquer ce film dont l'affiche montre le visage des trois acteurs et actrice incarnant ses principaux protagonistes. 

Au centre, l'employée de Facebook, Frances Haugen qui va se muer en lanceuse d'alerte au contact de Jeff Horvitz (à gauche) journaliste au Wall Street Journal, pour dénoncer les dérives du réseau social fondé et dirigé par Mark Zuckerberg (à droite). 

Au plus grand bénéfice du spectateur, le journaliste auquel Frances Haugen va confier ses informations ne comprend pas grand chose. Il n'a rien d'un geek et la patronne du journal qui l'embauche sur cette enquête lève les yeux au ciel quand elle s'aperçoit qu'il ne sait même pas utiliser un GPS. Frances Haugen va donc devoir déployer des trésors de pédagogie pour lui démontrer, et à nous par la même occasion, comment FB a pu radicaliser 64 % de ses utilisateurs (dont une de ses amies qui fait le prologue du film, digne d'un James Bond). 

Sorkin entremêle habilement les années, 2019, 2020, 2021. On assiste au démarrage du Covid. À l'entraînement de Mark Zuckerberg à comparaître devant une commission sénatoriale, coaché par le premier cercle de ses collaborateurs/trices, un Zuckerberg coincé et cassant, montré impuissant devant l'assaut du Capitole dont son réseau a favorisé l'organisation. Frances Haugen aime l'entreprise dans laquelle elle s'est engagée car elle croyait à sa mission, relier les uns aux autres. 

Mais devant les conséquences des algorithmes mis en oeuvre, qui "mettent les enfants en danger", "sèment le violence ethnique dans le monde", contribuent "à diffuser des messages extrêmes et clivants", ainsi qu'elle en témoignera le 5 octobre 2021 devant une commission sénatoriale, elle fournira à Jeff Horwitz ses "Facebook files" et suppliera les sénateurs de revoir "l'article 230" qui dégage le réseau de toute responsabilité quant aux contenus publiés s'il met en place une régulation de ceux-ci.

Reste une interrogation : tout ceci est déjà de l'Histoire. Comment Facebook continue-t-il à l'infléchir, cette Histoire, les maux dénoncés par Frances Haugen ont-ils été corrigés, des régulations ont-elles été instaurées (la liberté d'expression a bon dos, dans le film) alors que les questions autour de l'IA tiennent désormais le devant de la scène ?

27 septembre 2026

Un Américain à Paris

 

Paris, Avenue de la Grande Armée, 26 septembre 2026, 11:18

Face au voyage du pape, je me suis trouvé dans la position du fils qui dit non et qui y va quand même (cf. évangile de ce dimanche... Mt 21, 28-32). Ma paroisse du Loiret avait affrété deux autocars : jusqu'au dernier moment, quelque chose en moi a résisté. Et puis samedi matin, je me suis décidé. J'ai pris un train à 7 h pour me rendre à Paris, en compagnie d'une voisine et de ses deux enfants. Stockés sur l'avenue de la Grande Armée, derrière l'Arc de Triomphe, nous étions à trois kilomètres de l'autel de la Concorde ! Un écran géant et deux colonnes de baffles nous reliaient heureusement à "l'événement". Il y avait quatre heures à tirer jusqu'à la messe. À KTO de nous faire patienter.

 Autour de moi, beaucoup d'enfants que les parents occupaient, ayant apporté des jeux, gonflant les ballons jaunes ou blancs distribués à l'entrée, agitant des drapeaux tricolores ou aux armes du Vatican. Quelques adultes avaient prévu de taper le carton et jouaient au tarot. Nous étions tantôt assis, à la dure, serrés sur le macadam, tantôt debout, pour apercevoir l'écran. Dès qu'une portion de notre avenue apparaissait, filmée par l'hélico qui stationnait parfois au-dessus de nous, tout le monde agitait ses drapeaux et criait "Lé-on, Lé-on !" pour voir en vidéo (pléonasme ?) le reflet de son enthousiasme et s'assurer qu'il était vu. Vers midi, on a sorti le "repas tiré du sac" cher aux expéditions paroissiales. KTO, imperturbable, interrogeait le jeune prêtre responsable de la veillée au Stade de France, beau gosse, communicant impeccable, tout sourire et dents bien alignées et ses explications nous parvenaient par bribes mais ça n'avait pas d'importance. Et puis il y a eu aussi un chapelet télévisé, mystères joyeux de préférence, pour ne pas casser l'ambiance et nous avons enfilé les Je vous salue Marie, jusqu'au jeune Jésus fugueur, retrouvé au Temple par ses parents aux cent coups. 

Peu après 14 h, enfin, est arrivé Léon XIV dans sa papamobile qui a contourné l'Arc de Triomphe au pas de ses gardes du corps et s'est mis à descendre les Champs, saluant à gauche, à droite, bénissant au passage des dizaines de bébés que lui présentaient les bénévoles en ti-shirts orange. Il y a eu aussi un jeune handicapé, porté par les siens, et tout ceux qui regardaient autour de moi cette scène à l'écran, qui m'a échappé dans l'instant, ont applaudi la rencontre entre le pape et cet enfant, comme si on assistait au début d'un miracle qu'on voulait encourager*. 


La messe elle-même m'a paru courte. J'ai renoncé à communier, tant la foule était dense autour des parapluies blancs qui signalaient la présence d'un laïc porteur des hosties, consacrées la matin même par quelque trois mille prêtres, ai-je appris depuis. J'avais malheureusement un train à prendre. 

Je ne regrette pas d'avoir été là, avec les autres, plutôt que chez moi, devant ma télé comme je l'avais vécu la veille. Léon XIV n'était pas beaucoup plus près de moi. J'étais un parmi des milliers, anonyme. Mais je peux dire : j'y étais. "L'Église catholique qui est en France", selon la formule, s'est offert un selfie géant avec ce pape qui sera un peu plus le sien à l'avenir. Lui, il a tracé son chemin dans la foule et, de ses mots et de ses gestes, de sa présence immaculée, en a peut-être refait un peuple. Le story-telling catholique nous dit qu'il est venu en France intrigué par le renouveau catéchuménal que lui aurait vendu quelque évêque avisé, tel le signe d'une renaissance (pour ne pas dire résurrection) du catholicisme français. Nous, la curiosité nous a poussés vers ce pape américain, le premier de la longue histoire de la papauté et autre visage de l'Amérique. 

Il faut saluer toutes celles et tous ceux qui ont concouru à la réussite de ce voyage. Comme Judas (en Jn 12, 5), nous pourrions protester que tout cet argent dépensé aurait pu aller aux pauvres et aux nécessiteux, que notre société du spectacle a fait la mariée trop belle, que l'empreinte carbone de ce voyage n'est plus de saison, etc. Il me semble pourtant que l'homme en blanc laisse dans son sillage un vrai parfum d'évangile, rien de douceâtre ni de trop compromis avec le "monde", au-delà des apparences.

* Je lis dans le journal La Croix daté du 9 octobre que ce "jeune handicapé" s'appelle en fait Marie-Garance, que son chemin jusqu'à Léon XIV, pourtant semé d'obstacles ce matin-là, s'est ouvert comme par enchantement, jusque dans les bras des gardes suisses qui l'ont portée au pape avec sa sœur Pépa-Theresa, elle aussi handicapée et, nonobstant, adoptée comme elle. (10/10/26)

06 juillet 2026

Les choix d'un conseil municipal

 

Dans son numéro du 1er juillet, le Journal de Gien a rendu compte des délibérations du Conseil municipal de Bonny présidé par son maire, Michel Chaillou, dont une portait sur la cour de l'école des petits. Fallait-il acter un projet de végétalisation de cette cour, ou ne valait-il pas mieux investir dans la climatisation des classes ? Le premier était subventionné, l'autre non.
Une autre discussion a porté sur le développement d'un projet photovoltaïque porté par Enedis Centre-Val-de-Loire, les panneaux solaires devant recouvrir à terme 13 % de la surface de la commune ! Préférables à des éoliennes ? Là encore les opinions de chacun divergeaient. Qu'est-ce qui défigure le plus un paysage ? Un champ noir de panneaux solaires (et autant de terres agricoles en moins) ou ces modernes moulins à vent qui défient Don Quichotte ? Aurons-nous dans l'avenir plus de vent que de soleil ou l'inverse ?
Préoccupations énergétiques un peu incompréhensibles en tout cas pour le commun des mortels qui vit entre deux centrales nucléaires posées en bord de Loire, celle de Belleville (deux réacteurs) et celle de Dampierre-en-Burly (4 réacteurs) et pourrait estimer avoir le droit de bénéficier de cette proximité...
Il est en tout cas assez impressionnant de constater à quel point des débats nationaux actuels, quasi-civilisationnels, sur le climat, les sources d'énergie, se retrouvent portés au cœur d'une commune de moins de 2000 habitants.

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