L'affaire
Nevenka (2024), de la réalisatrice Iciar Bollain, est un film inspiré de faits réels, qui retrace la première
condamnation d'un homme politique espagnol pour harcèlement d'une
jeune collaboratrice, au début des années 2000.
Les mécanismes d'emprise progressive sont bien
décrits. Nevenka Fernandez, intelligente et jolie, doit son poste et son
ascension rapide au maire de Ponferrada, Ismael Alvarez, qui l'a engagée au premier coup d’œil –
diplômes et physique - dans son équipe municipale et l'a fait
élire. Sur cette dette initiale, puis cette subordination par
rapport à un homme populaire qui dirige la ville, qui y est
tout-puissant, y compris vis-à-vis des parents de Nevenka, vient se
plaquer le désir d'un homme pour une jeune femme, désir que tout
l'entourage a deviné, perçu, vu... sauf peut-être celle qui en est
l'objet. Du moins lui oppose-t-elle, à ce désir masculin, une forme de déni, qui l'aveugle. Il a deux fois son âge, perd sa femme d'un cancer, elle
s'attendrit, lui propose son amitié.
Quand, un soir, il la
raccompagne, très pressant, Nevenka accepte qu'il monte chez elle et croit se
débarrasser de son envie d'elle en lui cédant : une digue se
rompt alors, qui va tout emporter. Après ce coup d'un soir, « Venki » pourrait devenir sa maîtresse attitrée en
se dissociant, oublier qu'elle ne l'aime pas et le manipuler avec son
corps, entrant dans un pacte de corruption généralisée, d'autant
qu'elle s'est vue confier le portefeuille-clé des finances locales,
mais elle n'a pas cette force ni ce cynisme.
Leur relation, toxique, va devenir
une lutte de tous les instants dès lors que Nevenka décide de se refuser à Ismael. La jeune femme part à chaque fois
perdante, piégée. Elle résiste, il la harcèle d'appels
téléphoniques, de sms, jour et nuit. Travaillant dans l'équipe
municipale, elle est à sa merci quotidiennement, y compris en
déplacement. Détruite, elle est convaincue par deux amies de
s'enfuir à Madrid où elle retrouve un ami du temps de ses études.
Elle va avoir la force de porter plainte, grâce à une femme
médecin, socialiste, leader de l'opposition municipale, à qui elle
revient se confier et demander de l'aide : la sororité
l'emporte alors sur la rivalité politique. Un avocat madrilène
proche du PSOE, et le soutien de ce condisciple retrouvé, qui l'aime, vont l'aider à
attaquer en justice ce notable qui semblait intouchable. Elle gagnera
cet ultime combat et son procès mais devra quitter l'Espagne pour
vivre enfin une vie « normale » de femme (en Irlande, dans la vie réelle).
Les
deux acteurs, Mireia Oriol (Nevenka) et Urko Olazabal (Ismael) sont
remarquables. L'affaire Nevenka est un conte d'avertissement
pour toutes les jeunes femmes jolies et diplômées qui fréquentent
des hommes de pouvoir : que veulent-elles faire de l'intérêt
qu'elles suscitent chez ces hommes, jusqu'où veulent-elles aller,
avec quelles armes, quels signaux leur envoient-elles, à quoi sont-elles prêtes à consentir ?
Mais l'avertissement vaut aussi pour les hommes : d'un mot, « un
homme, ça s'empêche » d'autant, comme l'avait bien noté Sade dans son style impeccable, « qu'il n'est nul homme qui bande qui ne veuille être un despote. »