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03 mars 2026

Prophète en son pays



En contredisant, dans le titre de son livre, le proverbe adapté de l'évangile de Luc qu'il cite en exergue (et en latin !) - nul n'est prophète en son pays - Gilles Kepel se pose en éclaireur des sociétés occidentales mais tout son parcours démontre combien il a eu du mal à se faire entendre, tel un prophète de l'Ancien testament, chaque fois qu'il a rendu compte au fil de ses enquêtes de terrain des progrès irrésistibles de l'islamisme. 

Depuis l'assassinat en 1981 du "traitre" Sadate, coupable d'avoir fait la paix avec Israël, jusqu'aux attentats de 2015 qui ont secoué la France - Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Bataclan, en passant par le 11 septembre 2001, Kepel n'a cessé de radiographer les sociétés musulmanes, les "banlieues de l'islam", notamment "les voix des cités" françaises, les "printemps arabes" et de rendre compte des "passions" qui les agitaient. 

Sa qualité d'arabisant lui a donné quelques longueurs d'avance sur bien des sociologues de l'islam autoproclamés et son livre, qui dresse le bilan d'une carrière, est aussi l'occasion pour lui de donner quelques coups de griffes à des confrères incompétents ou à des institutions et des hommes politiques qui ont refusé de compter avec son savoir accumulé, faisant preuve d'irénisme voire de complaisances ("islamo-gauchistes" puisqu'il valide la critique) vis-à-vis de l'islamisme et de son agenda aux mutations sanglantes.

Il n'est sans doute pas étonnant que sa perspicacité d'enquêteur ait été couronnée d'une quasi "fatwa" qui lui valut une protection policière, à l'instar d'un Salman Rushdie. Il s'inquiète sans doute à raison de l'effondrement des études arabes et islamiques en France, que ni l'Université ni l'État n'entendent soutenir. Il voit notamment dans la suppression en 2022 du master "Moyen-Orient Méditerranée" qu'il avait créé et animé à l'ENS depuis 2015 un nouveau signal de ce désintérêt - après la fermeture en 2010 à Sciences Po du master et doctorat spécialisé inauguré par Rémy Leveau en 1985 -  désintérêt qui est peut-être autant une paresse intellectuelle qu'une lâcheté scientifique.

Une synthèse passionnante, éclairante et inquiétante, qui incite à une vigilance renforcée.

Prophète en son pays - Gilles Kepel - éditions de l'Observatoire - 2023 (297 pages, 23 €)

4ème de couverture :

« Septembre 1980. Je vogue en direction d’Alexandrie. Je vais rejoindre le poste de doctorant qui m’attend au Caire pour ma thèse sur les mouvements islamistes.  J’ai 25 ans et j’inaugure ma vocation… »

Prophète en son pays est un récit de formation qui couvre les quatre décennies pendant lesquelles Gilles Kepel a parcouru le monde arabe et musulman, de l’Égypte au Maghreb en passant par le Levant et le Golfe, ainsi que les « banlieues de l’islam » de l’Hexagone et de l’Europe. Kepel fut en effet le premier à identifier et à étudier les mouvements islamistes, lors de l’assassinat de Sadate, en 1981, et à observer la naissance de l’islam en France dans ses significations multiformes.

Malgré l’écho international de sa vingtaine de livres, traduits en de nombreuses langues, ses analyses se sont régulièrement heurtées aux idéologies dominantes à l’Université – du tiers-mondisme d’hier à l’islamo-gauchisme d’aujourd’hui – comme aux politiques à courte vue des dirigeants français et de leur administration.

Sa mise en perspective de l’évolution du jihad faisant désormais autorité, et ses réflexions sur le « jihadisme d’atmosphère » alimentant le débat public, il en éclaire ici la controverse avec humour et érudition, face à la déferlante woke qui menace les études circonstanciées de l’islam contemporain et obère la libre réflexion sur notre société française.

Prophète en son pays

En contredisant, dans le titre de son livre, le proverbe adapté de l'évangile de Luc qu'il cite en exergue (et en latin !) - nul n...