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20 avril 2026

Peut-être le hasard

Comment accompagner une mère qui perd pied dans une variété d'Alzheimer précoce, à 50 ans ? Ce livre aurait pu être un manuel de gériatrie, au chapitre des cas difficiles. Au lieu de cela, c'est le récit d'un combat furieux et épuisant pour ne pas perdre l'amour, reçu, redonné, même quand il semble que les cinq lettres de ce mot ne puissent plus s'assembler dans le bon ordre jusque dans la tête de ceux qui ont encore les yeux en face des trous, la fille et le fils, la mère, la soeur, la marraine, le Nouvel Homme (le premier s'est envolé dans un divorce comme s'il avait vu le coup venir) : d'un mot, l'entourage de l'im-patiente qui se défait inexorablement. 

En lisant, hier dans le train qui nous ramènait du Festival du livre de Paris et ce matin à cinq heures, je chasse ce point de détail que j'ai dans la tête - l'im-patiente avait aussi dans un coin de son cerveau, bien caché, du temps que celui-ci était fait pour être professeur de philosophie en classes préparatoires, une vieille tache, un frère mort noyé à dix-sept ans - dont il n'a jamais été question. Tabou familial.

Après que tout le monde a juré que "Marie-Pierre ? Jamais dans une institution !", les désordres croissants qu'impose la maladie, auront raison des résolutions généreuses des enfants, de la mère, de la soeur, etc. Mais un lieu alternatif qui naît va proposer une solution acceptable.

Agathe Charnet est cette jeune femme qui se bat jusqu'au bout avec les siens, jusqu'à l'impossible et l'insupportable, jusqu'aux cris de haine versés sur sa mère, jusqu'à désirer la mort, autre nom de l'arrêt, du terminus, tout le monde descend du train fantôme. La maison qui l'édite se nomme justement Les corps conducteurs. Ce sont bien les corps qui conduisent ce bal infernal quand les mots n'ont plus aucun sens. Corps qui lâchent et tiennent à la fois, corps réduits et irréductibles aux protocoles médicaux qui les camisolent tandis que les humains alentour tentent encore de les cajoler. Le sens et les sens perdus, pourtant, le livre les reconstruit avec une force lyrique étonnante, éclatés et annihilés, morcelés, en un puzzle pathétique auquel il manquera toujours des pièces. Il n'y a pas de "bonne mort". 

Peut-être le hasard est aussi un éloge à toutes celles et tous ceux qui travaillent sur le front de ces maladies, ceux qui dansent vraiment "au-dessus des abîmes". Au SMIC. 

 Peut-être le hasard - Agathe Charnet - Les corps conducteurs (315 pages, 21,50 €)

Peut-être le hasard

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