27 septembre 2026

Un Américain à Paris

 

Paris, Avenue de la Grande Armée, 26 septembre 2026, 11:18

Face au voyage du pape, je me suis trouvé dans la position du fils qui dit non et qui y va quand même (cf. évangile de ce dimanche... Mt 21, 28-32). Ma paroisse du Loiret avait affrété deux autocars : jusqu'au dernier moment, quelque chose en moi a résisté. Et puis samedi matin, je me suis décidé. J'ai pris un train à 7 h pour me rendre à Paris, en compagnie d'une voisine et de ses deux enfants. Stockés sur l'avenue de la Grande Armée, derrière l'Arc de Triomphe, nous étions à trois kilomètres de l'autel de la Concorde ! Un écran géant et deux colonnes de baffles nous reliaient heureusement à "l'événement". KTO nous a fait patienter.

 Autour de moi, beaucoup d'enfants que les parents occupaient, ayant apporté des jeux, gonflant les ballons jaunes ou blancs distribués à l'entrée, agitant des drapeaux tricolores ou aux armes du Vatican. Quelques adultes avaient prévu de taper le carton et jouaient au tarot. Nous étions tantôt assis, à la dure, serrés sur le macadam, tantôt debout, pour apercevoir l'écran. Dès qu'une portion de notre avenue apparaissait, filmée par l'hélico qui stationnait parfois au-dessus de nous, tout le monde agitait ses drapeaux et criait "Lé-on, Lé-on !" pour voir en vidéo (pléonasme ?) le reflet de son enthousiasme et s'assurer qu'il était vu. Vers midi, on a sorti le "repas tiré du sac" cher aux expéditions paroissiales. KTO, imperturbable, interrogeait le jeune prêtre responsable de la veillée au Stade de France, beau gosse, communicant impeccable, tout sourire et dents bien alignées et ses explications nous parvenaient par bribes mais ça n'avait pas d'importance. Et puis il y a eu aussi un chapelet télévisé, mystères joyeux de préférence, pour ne pas casser l'ambiance et nous avons enfilé les Je vous salue Marie, jusqu'au jeune Jésus fugueur, retrouvé au Temple par ses parents aux cent coups. 

Enfin est arrivé Léon XIV dans sa papamobile qui a contourné l'Arc de Triomphe au pas de ses gardes du corps et s'est mis à descendre les Champs, saluant à gauche, à droite, bénissant au passage des dizaines de bébés que lui présentaient les bénévoles en ti-shirts orange. Il y a eu aussi un jeune handicapé, porté par les siens, et tout ceux qui regardaient autour de moi ont applaudi le pape et cet enfant, comme si on assistait au début d'un miracle et qu'on voulait l'encourager. La messe elle-même m'a paru courte. J'ai renoncé à communier, tant la foule était dense autour des parapluies blancs qui signalaient la présence d'un laïc porteur des hosties, consacrées la matin même par quelque trois mille prêtres, ai-je appris depuis. J'avais malheureusement un train à prendre. 

Je ne regrette pas d'avoir été là, avec les autres, plutôt que chez moi, devant ma télé comme je l'avais vécu la veille. Léon XIV n'était pas beaucoup plus près de moi. J'étais un parmi des milliers, anonyme. Mais je peux dire : j'y étais. "L'Église catholique qui est en France", selon la formule, s'est offert un selfie géant avec ce pape qui sera un peu plus le sien à l'avenir. Lui, il a tracé son chemin dans la foule et, de ses mots et de ses gestes, de sa présence immaculée, en a peut-être refait un peuple. Le story-telling catholique nous dit qu'il est venu en France intrigué par le renouveau catéchuménal que lui aurait vendu quelque évêque avisé, tel le signe d'une renaissance (pour ne pas dire résurrection) du catholicisme français. Nous, la curiosité nous a poussés vers ce pape américain, le premier de la longue histoire de la papauté et autre visage de l'Amérique. 

Il faut saluer toutes celles et tous ceux qui ont concouru à la réussite de ce voyage. Comme Judas (en Jn 12, 5), nous pourrions protester que tout cet argent dépensé aurait pu aller aux pauvres et aux nécessiteux, que notre société du spectacle a fait la mariée trop belle, que l'empreinte carbone de ce voyage n'est plus de saison, etc. Il me semble pourtant que l'homme en blanc laisse dans son sillage un vrai parfum d'évangile, rien de douceâtre ni de trop compromis avec le "monde", au-delà des apparences.

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